Mission accomplie…

Après une semaine dans le pays du froid et de LA NEIGE, me voilà au pays du printemps: il fait + 2 degrés, les oiseaux chantent et le soleil brille. De retour au bureau directement descendue de l'avion le matin même... ouille ouille ouille... ce sera café sur café pour tenir le coup, plus une bonne douche mais les yeux se ferment malgré tout... Je suis encore sur mon nuage, j'ai l'impression que tout ceci n'était qu'un rêve !

Et pourtant, pari tenu, pari réussi !

Comment ? Grâce à une équipe formidable qui s’est prise au jeu du début à la fin. Même si tout cela semblait facile parce que l’équipe était expérimentée et habituée au froid, il restait tout de même toute la logistique à gérer…et ceci ne fut pas une mince affaire …

Le lendemain de mon arrivée, il a d’abord fallu trouver une remorque, celle d’une autre équipe qui nous l’a gentiment prêtée pour qu’on puisse déterrer notre trésor… et ce qui fut dit fut fait. Un après midi complet à 5 pour trouver le fameux hangar quelque part 50 km au nord de Québec, ouvrir le chemin avec les raquettes dans un bois le long d’une rivière, endroit paradisiaque où personne ne penserait trouver un canot… puis déneiger les 5 pieds de neige qui recouvraient la porte d’entrée pour enfin découvrir le trésor caché !!! Heureusement, le propriétaire des lieux a usé de l’outil révolutionnaire canadien, la motoneige, pour tracter notre canot 300 m en montée. Ouf pour nous ! Il fallut ensuite le soulever sur la remorque, gestes vite oublié mais qui nous rappellent rapidement à l’ordre tant il faut faire attention à notre dos… puis mettre la toile pour le protéger et le sangler… Ensuite direction port de Québec pour déposer la bête dans la neige, tout proche de la rivière St Charles, lieu de notre prochain entraînement…. Une première journée bien remplie, habituellement synonyme de corvée mais tellement plus agréable lorsqu’elle n’a lieu qu’une fois par an et dans une nature si parfaite…

Dimanche 10 février, course du Carnaval de Québec. J’abandonne mon équipe de France pour me faire plaisir et courir avec mes anciennes co-équipières canadiennes… Retrouvaille avec le petit monde du canot qui sait tant vibrer pour ce sport de malade… même les français de Véolia Environnement, soutenu par mon ex-capitaine Didier semblent y prendre goût… Pourtant, les conditions s’annoncent assez difficiles, il fait -7, il vente, il fait froid et humide et surtout il a neigé toute la nuit et la dépression se poursuit. Brouillard, et glace recouvrent le fleuve qui semble avoir disparu sous les 15 cm de neige… ça va être « tuff » ! et ce fut « tuff » ! Tout une course que celle du Carnaval 2008 et malgré nos 46 ans d’expérience à 5, nous nous sommes faites avoir comme des bleues !! Tout comme la plupart des meilleures équipes féminines et sports d’ailleurs…. Figurez vous que nous avons coupé notre trajectoire beaucoup beaucoup trop tôt, encore plus tôt que lorsque nous étions réellement entraînées en 2002, 2003, c’est pour dire !!! Les anciennes se sentaient-elles pousser des ailes ou était-ce une montée d’hormones ? Bref, on s’y croyait ! mais un peu trop….

Après un départ tout à fait correct, une belle remontée à la rame vers la première bouée, le fleuve a eu raison de nous… Le courant à Lévis était réellement fort, les glaces dures inexistantes, la neige recouvrait toutes les surfaces et à chaque pas, nos jambes s’effonçaient jusqu’aux genoux, un petit souvenir des pires années de l’Ile-aux-Coudres ? A mi-fleuve, nous avons bien vu que notre cap n’était plus le bon et qu’il fallait aviser… donc… direction, le « barré » en face pour monter au plus vite sur une glace ferme qui ne bouge pas…. mais à chaque mètre effectué, 10 m nous ramenait vers l’île d’Orléans, en sens inverse… Catastrophe !

Enfin de l’eau, espoir ! et une et deux et …. Geneviève casse sa rame, il n’en reste plus que 3… mais on n’abandonne pas, personne n’abandonne dans une équipe d’ex-gagnantes ! et on remonte jusqu’à la pointe du quai. Il y a 2 bouées, nous passons la première, la seconde est en vue et hop, un canot vient se coller entre le quai et nous. Je me permets de poser mon pied sur le plabord et je vois que ça nous aide à avancer mais quelle déception lorsque je m’aperçois qu’il s’agit du canot de Didier, les français nous doublent !!!! ouille, moi CoCo, j’ai les boules…. Mais c’est le jeu et je me rend bien conte qu’ils ont plus de force que nous qui reculons de nouveau. Mais on n’abandonne pas dans une ex-équipe de gagnantes, on se reprend et on recommence ! Vas-y Geneviève tu vas toucher !!! et mmm…. Un énorme bloc de glace nous barre le passage, impossible d’atteindre cette seconde bouée 2 m plus loin …. On recule encore de 20 m. C’est alors que nous décidons de monter sur la banquise en bout de quai pour nous reposer et choisir le moment ou une veine d’eau s’offrira à nous… mais elle est de courte durée et nous la remontons trop lentement pour atteindre la cible. Il faudra s’y reprendre encore 3 fois avant de décider de rentrer… et le retour sera tout aussi long et périlleux. Après 2h00 de course, même si la tête est encore là, le corps s’épuise et les mouvements deviennent lents et répétitifs, la douleur est là elle aussi, mais on essaye de l’oublier pour ne penser qu’à une chose, rentrer dans le bassin. Hélène, la plus jeune, prend la place tribord avant et donne tout ce qui lui reste jusqu’à l’épuisement elle aussi. Enfin, l’eau apparaît, nous sommes presque sauvées, pourtant, nos derniers mètres sont déplorables, Hélène tombe à l’eau et nous la repêchons tant bien que mal, elle est frigorifiée…nous arrivons après 2h30 de course…épuisées, vidées, exténuées…La douche et le chocolat chaud sont les bienvenus…et le soir, remises de nos émotions, nous pourrons appréciés le souper du Carnaval et retrouver la fameuse famille des canotiers que j’avais quitté il y a tout juste un an.

Heureusement, je goûterais de nouveau aux joies du véritable canot à glace quelques jours plus tard, lors d’un entraînement, à la frontale, sur la rivière St Charles avec mes français de Québec. Quel bonheur que de pouvoir sauter hors de l’eau sans se poser de question sur la fragilité de la glace et se laisser glisser à 15 km/heure en cadence tout en regardant les building illuminés dans la nuit étoilée… ce fut le seul et unique entraînement possible avant la course finale de Portneuf 3 jours plus tard.

Vendredi, nous nous rendons aux prologues de la course vers 18h00. Il fait froid comme chaque année, - 20 degrés nous accueillent sur le site. Nous effectuons notre parcours avec toute l’énergie qui est en nous. Un sprint de 2 min à -25 degrés, le goût du sang monte dans la gorge, nous passerons la soirée, puis la nuit à tousser. Nos poumons semblent avoir fumés 10 paquets de cigarettes, c’est ça aussi le canot, se donner à fond pour arriver bon dernier, juste pour faire le spectacle et aller au bout de soi. Après le show, nous bouclons nos affaires et chacun repart chez lui. Seule avec Marie, une de mes équipières, nous terminerons la soirée dans le seul pub du village devant bière et nacchos (pas vraiment diététique avant une course) et discuterons avec le président de la course, Pierre de Savoye avant de nous rendre au Manoir de Neuville, qui comme chaque année nous offre le gîte.

Samedi matin, beau temps magnifique mais extrêmement froid, il fait – 26 au réveil, nous sommes au moins assuré d’avoir de la glace… et ce sera une super course … ma première course dans le rôle du barreur... du moins pour la moitié de la moitié du parcours... Après avoir déposé le canot dans l’air de départ, passé une fine couche de cire -10 à -30, frotté rapidement mais efficacement la surface du canot, effectué un rapide tour sur le bord du quai avec mes équipiers pour observer le fleuve dans un froid glacial, suivi avec attention la réunion des capitaines en compagnie de Sylvie, le second capitaine, nous nous habillons dans la tente chauffée ou il fait un bon 0 degré… Difficile de se réchauffer vraiment… aurais je perdu l’habitude ?

Nous nous rendons ensuite sur le lieu de départ. Comme à la veille de chaque course, toutes les équipes sont fébriles, nous sommes 41 canots prêts à nous élancer tels des pirates à la recherche d’un trésor précieux…

Au son du glas, nous décollons le canot... et ce n’est pas peu dire…les 15 cm de neige tombés la nuit précédente nous empêchent vraiment de prendre de l’élan et l’allure est plutôt lente…

Pourtant, nous tenons en haleine le canot Desjardins sur notre coté tribord. Je suis fière de voir qu’on lui donne du fil à retordre car il a du mal à nous rattraper… il s’agit la d’une équipe d’expérience… Drôle de sensation que celui de capitaine. J’ai l’impression que tout repose sur mes épaules car il va falloir prendre LA bonne ligne, sinon… alors je fais au feeling et tente de faire au mieux. Dans mon fort personnel, c’est la glace que je préfère. Et mes équipiers de l’avant me donnent leur aval en me conduisant à travers les glaces à courts termes.

Pourtant, il est reconnu qu’un canot avance plus rapidement dans l’eau, alors je me lance dans ce monde ou je suis encore néophyte… et c’est le test du capitaine… boom, un bloc à tribord, boom, un autre à bâbord, puis encore un à tribord… je perds du temps à essayer de les éviter pour passer à travers les veines d’eau. Ca ne tourne pas vite un canot de 9 m ! Enfin, le bassin d’eau s’élargit, plus de blocs en vue. Cap sur la bouée, 1 km devant moi. Malheureusement mon canot ne suit pas le mouvement, on dirait qu’il refuse d’avancer et tourne peu à peu le dos à la cible… Le canot Desjardins, lui, s’est envolé et ce sont les canots féminins qui maintenant nous rattrapent. Ils arrivent sur ma droite. Parallèle à eux, je tente de suivre le même angle mais mon canot ne cesse de tourner en sens inverse. Une force incroyable m’empêche de le stabiliser dans la bonne direction. Les canots qui nous croisent font tout pour nous éviter en zigzagant, la honte !!!

Je baisse alors les bras et en plein milieu du fleuve, lance à mon second, Sylvie, de prendre la relève. Lâchement, j'abandonne ma place de capitaine... mon règne n’aura pas été long, il va falloir que je bosse le rôle pour l’an prochain !

Sitôt à ma place, je me sens libérée. Le canot repart droit et nous atteindrons la cible 10 min plus tard. Pour ce, il faut alors sauter hors du canot, ça je sais faire, puis le tirer à travers les glaces et contourner la cible. Un canot de filles nous suit de très proche, il faut dégager au plus vite. L’eau nous tend les bras, let’s go !

Nous ramons encore un peu, puis, la glace est la, c’est mon dada. Avec Fabien à l’avant, nous faisons un bon boulot, le canot vole sur les glaces. Nous gardons le cap vers le quai et semblons peu à peu rattraper le retard. Les équipes qui nous précédent ne sont pas si loin. La banquise est en vue. Il faut passer le moment délicat du train mais le courant est plutôt lent, donc tout se passe à la perfection. Je lève les yeux et m’imprègne de cet instant qui m’est offert, soleil, eau, glace, neige, froid, inoubliable … A ce moment précis, je sais pourquoi je fais du canot à glace.

Ensuite, retour sur la banquise. Nous maintenons notre place entre deux équipes de filles, ce qui nous motive pour garder la cadence et même sur la neige, nous ne dérogerons pas. Personne ne bronche, tout le monde pousse. Les encouragements des spectateurs du quai fusent de toutes parts et nous portent jusqu’à la ligne d’arrivée. On se fait plaisir !!!

Arrivée en 1h08.

Je ressens alors la satisfaction d’avoir mené à bien ma mission. Pari tenu, pari réussi ! Je suis heureuse. Le soir, nous fêterons dans la joie et la bonne humeur de la famille des canotiers…

Dimanche, dernier jour du périple, il faut se lever tôt pour ranger le canot…

Et oui, retour à la case départ, dans le fond du bois, la fameuse grange gardée par les loups et les ratons laveurs… Il faudra la encore, se profiler un chemin dans un mètre de neige fraîche, pousser, tirer, porter le canot pour atteindre l’endroit de convoitise, déneiger l’entrée pour entreposer la perle qui se reposera une année complète avant d’amener de nouveau une équipe de France prête à relever le défi…


Récit : Corinne Bottollier
Photos: Michel Corboz (http://www.pbase.com/zobroc), Corinne Bottollier
Le 21 Février 2008